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Un cas intéressant de restauration

27 novembre 2018 - 12:08

Un canoë Français à clins nous a été confié il y a quelques temps pour restauration. Fabriqué par Dannemark et Desvignes vers 1920, au Perreux sur Marne, il s’agit d’un bateau avec un rameur et un barreur ou bien avec un seul rameur. C'est une embarcation amphidrome, ce qui signifie qu’elle est symétrique et peut évoluer dans les deux sens. Dans le cas d'un rameur et d'un barreur, il y a un gouvernail et le bateau évolue dans un sens donné; s'il y a un rameur seul, le siège du rameur est déplacé et retourné pour que l'assiette et le centre de gravité du bateau soient centrés, le gouvernail est enlevé et le bateau évolue alors dans le sens inverse. Le propriétaire actuel de ce joli bateau dont on n’a pas trouvé d'autres exemplaires fabriqués par ce constructeur, n'avait que la "coque" et sa barre à nous confier. Le bateau n’était muni ni de ses portants, ni des dames de nage. Il y avait le berceau du rameur sans sa coulisse. Le siège d'origine du barreur, vraisemblablement canné. - nous avons retrouvé des traces de pièces servant à retenir les côtés d'un dossier canné, mais aucune trace d’une assise cannée ou non. - était manquant également. A cela s’ajoutaient une paire d'avirons en mauvais état ainsi qu’une barre de pieds incomplète.

Le premier travail fut donc de faire un état des lieux et mettre le bois à nu, notamment pour connaitre assez exactement l'état de la structure du bois le constituant, car nous avions vu qu’il était pourri en certains endroits, et ainsi pouvoir remplacer que ce qui était indispensable. Dans un premier temps de restauration, un gros travail dût être effectué sur les bordés en de multiples endroits où des parties de clins durent être refaites et sur des parties du plat bord. La structure avait également souffert et il a fallu remplacer ou consolider un certain nombre de pièces vitales pour conserver l'intégrité de la structure. Nous avons fait le choix de ne pas le "désosser entièrement" mais de le rendre navigable et d'une utilisation sure et durable. Le choix de ne pas tout refaire à neuf, notamment pour l'ensemble du plat bord, a pour conséquence une visibilité sur son histoire et son vécu. Il ne s’agit pas d’une question de budget mais plutôt de se positionner sur l’usage futur de l’embarcation et des limites que nous nous donnons lorsque nous restaurons ou réparons une embarcation. Il aura quand même fallu in fine, à l'aide de cales précises, que le bateau puisse retrouver une nouvelle ligne de vie afin qu'il y ait une symétrie des deux bordées pour que le rameur se déplace dans l'axe de celle-ci.

Afin qu'il puisse à nouveau naviguer, un gros travail devait être entrepris. Des prototypes de portants et de dames de nage furent posés provisoirement, un siège de barreur à été proposé ainsi qu'une planche de pied complète . Le propriétaire fut ensuite en mesure d’essayer son bateau "prototype" en mai 2017 lors du Festi'Marne. Avec l'aide d'artisans d'art qu'il a fallu trouver, nous nous sommes ensuite attachés à refaire fabriquer des pièces ne pouvant être faites en interne, notamment les pièces de fonderie et d'usinage qui nécessitent un matériel spécifique ainsi qu’un grand savoir-faire. Le reste à été fabriqué en interne, à l’association. Pour les pièces manquantes, il fallait retrouver des modèles qui pouvaient s'adapter et qui étaient contemporains au bateau. Ça ne fut pas la partie la plus facile, cela signifiait faire des choix dans les modèles trouvés, et dans l'adaptation au bateau afin qu'il y ait un confort de rames et que le bateau reste historiquement conforme aux modèles fabriqués à cette période.

Nous n'avons pas trouvé d'autres bateaux fabriqué par Dannemark et Desvignes, mais un certain nombre de bateaux, fabriqué au Perreux sur Marne ou aux alentours, à la même époque avaient des cotes similaires et présentait des conceptions de fabrication identiques. Ces modèles trouvés ont servi pour les nouvelles fabrications en adaptant celles-ci à l'usage destiné. Ainsi, pour les portants, nous avons fait le choix de fabriquer des portants repliables, ce qui permet au propriétaire de pouvoir ranger son canoë Français sans démonter les portants. Gain de place et de temps. Les dames de nage ont été reproduites à l'identique d'un modèle de cette époque. Nous avons cependant fait une concession à la modernité, la hauteur les dames de nage peuvent se régler en fonction de la morphologie du rameur. A cette époque les hauteurs des dames de nage étaient calculées en amont et restaient définitives, il n’y avait pas moyen de les adapter sauf, au moyen de jeux de cales.

Ce type de bateau était communément fabriqué alors; les constructeurs essayant à cette époque d'offrir à un public familiale un maximum de possibilités sur la façon d'évoluer avec une embarcation donnée. Rappelez- vous, le canotage sur les bords de Marne battait alors son plein, plusieurs sociétés d'aviron étaient déjà implantées entre Joinville et Le Perreux sur Marne, le développement du train a permis de faire connaître et découvrir ces endroits qui se sont transformés également en lieux de villégiatures. Pour donner un exemple de «bateau multi usage» proposé alors par les fabricants à ce nouveau public, il y avait un modèle de canoë français à clins (donc à l'aviron), pour un public plus sportif,  mais permettant aux "familles" d’acquérir un bateau « multiple » avec lequel elles pouvaient naviguer sur la Marne. Il lui était possible d’être armé pour permettre de naviguer à deux- un rameur et un barreur - ou alors, avoir un seul rameur sans barreur. Il pouvait se transformer aussi en canoë avec deux pagayeurs. Certaines de ces embarcations étaient également conçues pour pouvoir y adjoindre un mat les transformant alors en bateau à voile. Cette conception permettait selon l'envie du moment, de la météo ou des rameurs, de choisir de le "gréer" différemment selon le type de sortie choisie. Celui qui nous intéresse présentement était un modèle de base axé uniquement pour la pratique de l'aviron avec un seul rameur pouvant être rejoint par un ou une barreuse. 

Cette belle aventure s'achève. Il reste peu de choses à faire, de petites finitions et, notamment effectuer les derniers essais sur l’eau pour vérifier qu’il est à la hauteur de nos attentes et que les réglages sont biens. Ce canoë français, nommé par nous ile de beauté a retrouvé son éclat d'antan et son vernis qui, à peine fini d’appliqué lui donne un beau brillant, le mettant ainsi en valeur. Il quittera bientôt l'atelier qu'il connait si bien désormais mais il nous aura permis également de le connaitre et de l'apprécier. Nous espérons que son propriétaire fera de belles sorties avec et qu’il prendra beaucoup de plaisir à le faire glisser de nouveau sur l'eau.

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